HABITER
Trois séries photographiques explorant la domination linéaire de l'espace par l'Homme : la géométrie des champs et forêts aménagées, la nature encadrée en ville, et le dialogue entre matériaux et architecture moderne.
— Note de projet · HABITER
Le titre général reprenant mes trois séries est issu directement du référentiel, je cite : « Habiter, c'est tracer des lignes et dessiner des surfaces, c'est écrire sur la terre […] Et ce n'est rien d'autre que de transformer la surface de la Terre en une sorte de grande demeure, en intérieur universel ». Pour reformuler cette citation et dégager de mon sujet le propos, je retiens à travers ces séries la domination de l'espace devenant entièrement contrôlé, exploité et transformé. L'Homme trace des lignes pour encadrer ses territoires, il trace des lignes partout, il travaille de manière linéaire, construit de manière linéaire, et c'est ce désir de géométrie, de respect des perspectives mathématiques, qui est aussi le maître mot visuel de mes séries. En effet, la domination de notre environnement est démontrée par l'encadrement constant et la représentation inévitable de ces lignes dans les champs, séparant deux propriétés, ou dans une forêt artificielle, facilitant le passage des machines (première série de 6 photos) : tout est prévu pour faciliter le passage de l'Homme et lui-même fait tout pour se faciliter la tâche, cela fait penser au schéma de pensée linéaire qui peut paraître un peu simple d'esprit. J'ai aimé représenter ce besoin de tout mettre en œuvre pour en faire moins à l'avenir.
La deuxième série de 6 photos, en contraste avec la première, met en scène des objets à destination décorative accueillant des végétaux en ville. Ici je cherche à démontrer que dans un espace entièrement contrôlé, écrasé par le béton et le bitume, la place de la nature est complètement encadrée ; elle n'a sa place qu'en tant que faire-valoir de l'esthétisme de la ville, en donnant un aspect joyeux et respectueux à celle-ci. Elle rejoint les deux autres séries par le travail sur les lignes, la mise en scène avec des bâtiments architecturaux géométriquement linéaires et très cubiques mettant l'accent sur l'emprisonnement de cette nature. Elle fait aussi directement suite à la première série par le simple fait que, même dans de grands espaces comme les champs à la campagne, les forêts et les espaces paraissant naturels sont aménagés, adaptés et modifiés et n'ont plus aucun trait primaire et sauvage (plus aucune forêt primaire en France, par exemple).
La troisième série de 4 diptyques appuie, justifie et représente plus visuellement le travail linéaire et la présence de géométries rigoureuses dans le choix des matériaux de construction, ainsi que dans l'application et la mise en œuvre de ceux-ci dans l'architecture moderne. Les matériaux, photographiés à la chambre pour en dégager la texture et les détails fins, sont laissés en couleur alors que les bâtiments composés de ceux-ci sont en noir et blanc. Avec la pleine représentation du matériau original, le noir et blanc permet d'être plus attentif à la texture du bâtiment et de mettre directement en lien les matériaux avec celui-ci, sans se concentrer sur les éléments perturbateurs.
Mon dossier d'intention précise que la première série allait être essentiellement réalisée en Hollande, pays presque entièrement artificiel constitué de polders ; finalement, après de nombreux repérages, j'ai eu le temps de me concentrer sur les champs dans ma zone de vie. La série sur la nature en ville a été modifiée pour laisser place à quelque chose de beaucoup plus en lien avec les deux autres séries, en prenant en compte le travail sur les lignes et l'association avec l'architecture. La série sur les matériaux dans l'habitat n'était pas définie au moment de la rédaction : le choix du diptyque et des compositions provient d'une réflexion postérieure. De nombreuses modifications au niveau du matériel utilisé sont aussi en contradiction avec le dossier : pas d'utilisation de trépied, car repérage et prises de vues depuis un vélo. La quantité de photos par série a changé en accord avec l'évolution de la réflexion. Le maître mot de mon dossier d'intention a cependant été respecté, et le cheminement de pensée allait vers le perfectionnisme de la représentation de celui-ci.